LE CACHE-CLEF

Le Cache-Clef

Auteur: Alexandre HOS

Le mot de l'auteur


Le scénario du Cache-Clef m'est venu en savourant une grasse matinée.  L'idée de retourner dans le passé pour y trouver des réponses s'est imposée tellement  à moi qu'au sortir du lit, j'ai foncé sur mon carnet Moleskine. 





On en parle

Lisez ici la chronique de Nath.

Des avis sur Babelio

Lisez ici la chronique de Marine.

Synopsis


Alec Longate, un self-made man, à tendance solitaire, à qui tout sourit, s'embourbe dans une relation qu'il considère sans avenir.  Une fois n'est pas coutume, il a accepté l'invitation de Barbara pour fêter son quarantième anniversaire.  Pour marquer le coup, la belle a décidé de frapper fort : elle emmène Alec sur les traces de son passé.  


Après un dîner houleux, une soirée beaucoup trop arosée et une engueulade avec Barbara, Alec se réveille dans un endroit inconnu.  Ces lieux lui rappelent quelque chose.  Le temps que ses idées se remettent en place, il découvre qu'il est à Valleux, la ville de son enfance, plus de vingt ans plus tôt. 


Extrait


"Le seul vrai désagrément d’une gueule de bois, qu’elle soit d’origine houblonnesque ou vodkatique, c’est l’interrogation intime qui en découle quant à la nature des faits passés. Ils sont embrouillés par une vapeur cérébrale que l’on ne peut dissiper qu’avec le secours du temps qui passe et le concours de quelques Alka-Seltzer. Le sujet a beau ouvrir la bouche à plusieurs reprises, coller la langue sur le palais et la racler à grands coups d’incisives, il n’est pas toujours aisé d’identifier la teinte principale de l’ivresse, à moins d’avoir liquidé le même breuvage du prologue à l’épilogue.

Alité, Alec Longate était justement dans cet état. Un goût acide l’avait tiré du sommeil d’éthyle dans lequel il était plongé. Au moment précis où cette remontée gastrique désagréable était venue lui chatouiller les amygdales. Par réflexe, il releva le traversin et remonta les épaules en tentant de garder la tête droite. Surtout, ne pas tanguer. Il osa ouvrir les yeux et fixa lentement le plafond. Inconnu. Il tâta des deux paumes et des doigts les draps dont la texture ne lui rappelait qu’un très vague souvenir. Instinctivement, il se tourna un peu vers la droite. Rien non plus. À sa gauche, une table de chevet, sur laquelle un vieux réveil digital aux grossiers chiffres rouges indiquait « 09 : 09 ». Plus loin, un téléphone en bakélite à touches auquel il ne porta que peu d’attention. Toutefois, cette vision émit un signal vers le cerveau qui, aussitôt, décrypta un besoin habituel de… de… de… zut, plus moyen de se souvenir.

Alec sentait bien qu’il fallait qu’il fasse quelque chose. Un geste dont il avait l’habitude. Un rite ancré en lui profondément, peut-être même une action naturelle. Mais il ne parvenait plus à en saisir ni le sens ni la finalité. Peu lui importait en fait, car quelques neurones affolaient déjà les nerfs et commandaient aux yeux d’identifier plus de détails, si possible des choses familières : une lumière domestique, un ton lénifiant, un objet du quotidien. Tout cela dans un seul but, celui de lui permettre de raccrocher les wagons de la réalité qu’il avait perdue, au gré de ces dernières libations. Mais non, il ne reconnaissait rien, mis à part ce goût abject qui macérait dans le fond du gosier.

Les murs étaient d’un commun sans nom. Ils étaient tellement ordinaires qu’ils en devenaient presque inutiles. Au loin, un téléviseur à tube cathodique flottait dans un brouillard factice fabriqué par ses propres yeux. Tout aussi flou, un poste de radio. Pas du dernier cri, lui non plus ! Idem pour ce cadre hideux entourant la photographie sépia d’une vieille gare qui, elle, par contre, lui rappelait vaguement un endroit déjà visité.

Une nouvelle fois, son cerveau lui fit part d’un besoin imprécis. Cette fois, se rappeler et comprendre comment il en était arrivé là allait être un drôle de périple ! Ça, au moins, il le savait."